24 mars 2009

Sur les traces d’un accessoire hors pair…

Rendons à richelieu ce qui est à richelieu, et à derby…Bref, vous avez saisit.
Le but de ce billet serait, outre le fait de dévoiler mon talon d’Achille pour tout chaussant bicolore, dandy et verni, de mettre un terme à cette troublante (mais non moindre) confusion qui trotte d’une fashion week à l’autre et selon laquelle : « richelieu et derby, même combat ! »
Time is coming. Celui de LA révélation qui vous fera briller (tout autant que les petites merveilles qui orneront vos pieds) en fashion parties.
Si, si…Car c'est un peu de votre lumineuse culture qui se reflètera sur le cuir de vos Clergerie suscitant admiration et dévotion éternelles (pour vos Robert C. of course). Alors, tintintin…

Un rapide « brossage » du passé est cependant nécessaire pour mieux « éclairer » le présent. Et oui, le suspens, ça s’entretient, un peu comme une paire de…Ok, j’arrête.
Ainsi, au milieu du 19ème siècle, les talons larges portés par les suffragettes devinrent à la mode et ce fut dans ce mouvement de libération que vers 1920, le confort masculin emboîta le pas au raffinement féminin et que le richelieu pointait son bout dur (quels mauvais esprits ! Ni voyez aucune salacité puisque techniquement, le « bout dur » correspond à la zone avant du chaussant…Pfff ! )
Il trouva alors une ambassadrice de charme en la personne d’Eleanor Roosevelt qui le déclina avec une simple robe de soie. Suivirent l’androgyne Katharine Hepburn et l’énigmatique Marlène Dietrich, pionnières du costume masculin et du tailleur strict qui ne pouvaient trouver plus élégante chaussure à leur pied.
Talon, découpe et décor au poinçon l’enrichirent dans les années 30. L’empiècement contrasté (noir ou marron sur daim blanc) prit définitivement une longueur d’avance à la fin des années 40. Mais il fallut attendre les fifties pour le voir accompagné les socquettes blanches retournées et les immenses jupes évasées des teenagers américaines sur des rythmes rock and roll. Beaucoup de déclinaisons suivront dont le derby à l’élégance british. Dans les années 90 par exemple, Lagerfeld les actualisera en deux versions : l’une plate, l’autre à talon haut les encanaillant par l’ajout de découpes latérales et de lacets contrastés.
Robert Clergerie et Charles Jourdan s’imposeront comme véritables pointures en la matière, Patrick Cox et Paul Smith suivront leurs traces proposant de multiples facettes de l’objet de désir…
Mais revenons à notre intrigue modeuse principale!
Constitués d’une tige basse et d'une coupe sobre, la dissemblance entre les deux modèles se joue uniquement par…Leur laçage !
Même si, de prime abord, cette annonce peut paraître quelque peu décevante, la complexe technicité en fait tout son attrait.
Le richelieu (dont la langue française ne supporte aucun pluriel) possède un laçage fermé directement dans l’empeigne (dessus de la chaussure) cousue aux quartiers maintenus par les lacets.
Le derby, quant à lui, (dont le Petit Robert tolère la forme « derbys » mais aucunement « derbies ») possède une empeigne se prolongeant sous les quartiers pour constituer une languette par-dessus laquelle se noue les lacets. Ses oeillets positionnés sur deux empiècements partent alors de l'arrière pour revenir sur le devant et donner un laçage ouvert.
Et si une tentative de commencement de compréhension semble se profiler dans votre esprit, il convient de souligner l’existence du modèle « Brogue », fameuse variation de ces deux modèles; travaillé et perforé au point de rencontre de l'empeigne et des quartiers, et ailleurs par souci d’esthétisme...
Dessin extrait de l'ouvrage "Haute Pointure, Histoires de Chaussures", Colin McDowell.
1er modèle : richelieu /2nd modèle : derby / 3ème modèle : brogue

Pour simplifier, en partant de la pointe de la chaussure, si vous pouvez passer vos doigts sous deux morceaux de cuir qui tiennent les lacets de part et d’autre, félicitations, vous êtes détentrice d’une paire de derby! Si à l’inverse vos doigts passent directement sous les lacets, c’est un richelieu.
Pour le choix, le derby se voudrait davantage casual et le richelieu revêtirait une pointe d’élégance indéniable mais peut importe celui qui vous mettra le pied à l’étrier, du moment que vous sauter le pas...
Photos L'Express Style n°3007 et Garance Doré
Passez le shakespearien questionnement « derby or not derby ? », un petit clin d’œil au « Zizi or not Zizi » serait-il de trop ? (Aucune connotation bien sûr avec la pointe du richelieu précedemment envisagée, alors concentrez-vous!)
Le célèbre chausson de danse Repetto mériterait une note entière (next time maybe…), ne serait-ce que sur sa technique du « cousu-retourné » mais juste quelques mots sont esquissés pour souligner que Serge Gainsbourg fit les semelles de noblesse du modèle « Zizi » dans les années 1980, les portant inlassablement avec son 501 Levi's…
Toujours une longueur d’avance, ces petites merveilles plates continuent de monter dans les tendances revêtant désormais les pieds des baby rockers...
Ah oui, j'allais oublier, maintenant que vous êtes une pointure : les "Zizis", richelieu ou derby ?!!!
SB
1ère Photo : Richelieu Zizi , Heidi Sliman (Oups! Vous avez la réponse...)